16/02/2013

Croisements d'images

Ce matin, Skype m’a permis d’échanger des panoramas avec mes parents : je leur ai montré le mien, le quai du lac, couvert de neige, à quoi ils ont répondu par l’image de leur boulevard enneigé. Grâce à nos caméras, nous pouvions voir deux paysages idylliques d’hiver, différents, lointains: mes parents contemplaient le lac bleu marine et les Alpes couvertes de neige immaculée s’y reflétant, alors que moi, je regardais le grand boulevard de la ville, encombré par la neige, qui seule est capable de le ralentir et le rendre silencieux.

“ Ô, que c’est beau, chez vous”, avons-nous soupiré, et eux, et moi. 

Comme dans une pièce de théâtre parfaitement agencée, où les rapports, les règles et les caractères, une fois projetés dans des conditions extrêmes deviennent plus clairs, plus saillants au public. C’est ainsi que nos deux panoramas, se croisant à travers Skype, profondément différents, sont devenus si contrastés qu’ils touchaient à l’opposition totale. Sous l’épaisseur de la neige, le lac féerique, désert et tranquille devenait encore plus calme, plus désert, plus irréel, envoûtant dans cette paix tout ce qui l’entourait. Tandis que le boulevard couvert de la neige, silencieux, ralenti, n’avait pour effet que de confirmer son caractère bruyant, dynamique et pollué.

A chacun de nous de choisir ce qui est beau... nous avons tous le droit à une image, à une représentation ou à un rêve du beau, ou comme le dit à juste titre un célèbre rockeur de Zagreb: « Chacun se bat pour ce qui lui manque… »

En pleine comparaison d'images et de représentations, de paysages, de beauté, du bonheur ou de je ne sais quoi, je suis tombée sur toute une série de photos publiées sur www.24heures.ch. Et une fois encore, c’était la neige et les conditions extrêmes, et la Serbie. 

Srpsko groblje.jpg

 

Et quelques photos plus loin, ce même site nous offre d’autres photos de neige et de conditions extrêmes, provenant de la Suisse. 

St. Moritz.jpg

24heures n’avait certainement pas l’intention de croiser ou de comparer ces deux photos. Pour moi par contre, c'est indispensable. Car toutes seules, prises en elles-mêmes, elles n’ont aucune signification. Reportage trivial, voyeurisme, mauvais goût même. Ce n’est qu’en mettant l’une contre l’autre, en face de ce qui représente leur antipode, qu’elles commencent à avoir une raison d’être, un contexte, une signification, qu’elles deviennent le point de départ d’un échange, d’un dialogue… chacune se reflétant dans l’autre. Comme dans une Télé-Réalité à laquelle nous pouvons tous prendre part:

 « Il n’y a pas si longtemps, deux images, deux préjugés se rencontrèrent, dans un lieu singulier… »

Il ne nous reste plus qu'à élucider une chose: les deux images que nous venons d’esquisser plus haut, celle du lac et celle du boulevard, ainsi que ces deux dernières, d’un homme qui vit dans cimetière serbe et d’une party-girl dans les Alpes, ont toutes pour cadre un seul et même décor: la neige, la Serbie, la Suisse. L’unique différence repose sur leur croisement. Les paysages échangés par Skype ne concernent que mes propres goûts, mes émotions, mes penchants, mes ambitions.

Dès lors que ces croisements ont lieu sur 24heures, ils nous concernent nous tous. Nous les « chanceux » à 2'000 mètres d’altitude, et nous les « miséreux », à deux mètres sous terre. Et vous, vous êtes de quel côté?

 

Commentaires

Joli diptyque, la neige semble mettre paradoxalement la vérité à nu!
Que serait la troisième image, c'est votre question? Un autoportrait en hiver?

Écrit par : Paul | 19/02/2013

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