24/05/2012

Qui gagne, perd

Le second tour d'une élection présidentielle permet à la majorité démocratique de départager le vainqueur entre deux candidats. Lors des dernières élections présidentielles en Serbie les votants avaient le choix non pas entre deux mais trois options. Et maintenant on doit déterminer lequel sera le vainqueur sur ce ring démocratique balkanique.


Vous savez déjà que Tomislav Nikolic a remporté la majorité des suffrages lors des élections, et que c'est un « ultra-nationaliste réformé » comme l'appellent les médias internationaux. Moi-même, avec beaucoup d'autres, nous l'appelons, entre autres, honte de la nation, primitif, grincheux, croque-mort, sbire de Seselj, etc. C'était la troisième fois que Nikolic était candidat contre Boris Tadic, qui a gouverné la Serbie lors des deux mandats précédents. Sous la présidence de ce dernier, l'intégration européenne de la Serbie a été assurée et il a établi de bonnes relations dans la région en garantissant la paix et la stabilité.


Pourtant, comme je le disais plus haut, la troisième option a rassemblé un très grand nombre de votants lors de ce second tour. Avec Nikolic, elle peut célébrer la victoire. Cette troisième option, consciemment et par stratégie, soit n'est pas allée voter, soit a griffonné un superhéros quelconque en rendant ainsi son bulletin de vote invalide. C'était un geste politique qui visait à renvoyer l'actuel président et à démontrer que les électeurs ne sont pas satisfaits des politiciens actuels. Le taux de participation à ces élections était de 12% inférieur à celui de la présidentielle précédente, avec en plus un taux de 4% de bulletins invalides.

 

Cette véritable campagne du vote blanc était le fait des élites politiques et intellectuelles : tous les Serbes qui se sentent Européens, ceux qui sont attachés à la paix, les partisans les plus radicaux des droits des minorités, les alternatifs, les guérilleros urbains, les gauchistes, pour lesquels la présidence de Tadic était devenue insatisfaisante. Les raisons en sont nombreuses : les compromissions diverses que Tadic avait entérinées avec les anciens du clan Milosevic, l'interférence directe avec des affaires qui ne dépendent pas constitutionnellement du Président, la particratie qui essaimait partout en Serbie, et puis toutes sortes de principes, d'insatisfaction démocratique et personnelle, de déceptions et même de colère qui se sont ainsi accumulés sur une très longue liste de griefs.


Alors par qui, pourquoi et comment Boris Tadic s'est-il fait battre ? Ce n'est pas la politique anti-européenne, le nationalisme et la xénophobie qui ont gagné ces élections, et l'élection de « Toma le croque-mort », comme on l'appelle, ne signifie pas qu'il va désormais gagner en puissance. Tadic a été rejeté par des gens qui étaient encore plus européens, plus modernistes et plus démocrates que lui-même. Ils se sont abstenus, et Tadic a perdu.

C'est pourquoi j'affirme que Tomislav Nikolic n'est pas le vainqueur de ces élections : il n'est que le dommage collatéral des petits jeux démocratiques de l'élite intellectuelle serbe.

Cependant, je me demande : est-ce que le fait de renvoyer de renvoyer Tadic pour des questions de principes politiques vaut la honte que nous subirons tous lorsque notre dommage collatéral, Tomislav Nikolic, nous représentera à l'étranger ? Non seulement cela, mais n'avons-nous pas pris un risque excessif en remettant l'ensemble du pays aux mains des héritiers des années 90 ? Dans un pays où la démocratie est encore un phénomène assez jeune, n'est-il pas plus important de nous asseoir d'abord sur des bases solides, sans compromis et à n'importe quel prix ? Et tous ceux qui, au nom de la démocratie, en subvertissent les valeurs, les renvoyer et puis recommencer.

Les Serbes ont développé une pratique assez courante à travers leur histoire de châtier leurs dirigeants : on leur coupe la tête, on les jette par la fenêtre, on les fait assassiner par des tireurs d'élite, et chaque fois ces violences se sont avérées désastreuses pour la société serbe. Il reste à voir comment cette dernière épreuve de force démocratique avec leur chef, la méthode des bulletins blancs, non-violente mais manifestement très efficace, pourra aider au développement de la démocratie en Serbie et à la prospérité de sa société.

23:16 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0)

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