13/12/2011

This Is Not America, shalalalalala ...

Est-ce que Noël vous met en transe? Je respecte complètement le droit pour chacun de célébrer ces vacances chrétiennes selon le rite, quelle que soit sa confession: six semaines de prière, de jeûne, de messe ou culte, de lampe à huile, et peut-être même de décoration de crèche. Mais ce qui m'intéresse, c'est Noël dans sa dimension culturelle et non pas religieuse. Donc, Dieu, excuse-moi et pour un instant ne t'occupe plus de Marie et de Jésus mais de ce qui nous occupe nous: le sapin de Noël, le père Noël, les décorations qui scintillent, les cadeaux en solde, les cloches, la dinde qui rôtit et la famille qui se rassemble.

Et voilà, j'entends maintenant tous les mécréants de ce Noël-là, qui jurent que ce n'est qu'un pur produit américain, une simplification, une McDonaldization, un truc beurk-Hollywood, "c'est pas notre culture", etc.. Et le tout sur un ton arrogant, plein d'un mépris supérieur et sûr de son droit. Et pourquoi, au fait? Quel est votre rêve de bonheur? Vous ne croyez donc pas aux contes de fées?

Durant ma jeunesse communiste, Noël faisait partie des interdits. Dans son acception religieuse, mais aussi dans son acception américaine, toute-la-famille-réunie. Donc on avait le Nouvel An. Et toute l'indispensable ménagerie se donnait rendez-vous le 1 janvier. Le Père Noël dans son costume rouge et blanc, comme dans la publicité Coca-Cola commercial, le sapin de Noël et les cadeaux, et du porc au lieu de la dinde sur la table, et des fêtes, et du vin mousseux, et des brillants, et des dentelles et des feux d'artifices. Nouvel An était une fête officielle et familiale. On y rassemblait un peu de notre patrimoine et de nos traditions locales (une forme de compensation pour la disparition de Noël je suppose), et aussi, dans une certaine mesure, l'influence de la culture européenne et américaine, pour ce qui concerne les décorations et cette tentative de toucher du doigt le rêve du bonheur. (Dans un prochain billet, je vous parlerai plus précisément des Noëls et des nouvel-ans balkaniques; c'est compliqué comme nos guerres. Mais c'est plus amusant.)

Ici ou là-bas, que signifie Noël? Il est clair depuis déjà longtemps que cela ne glorifie plus Jésus mais nous-mêmes. L'un glorifie sa famille, l'autre son bonus et celui qui a vraiment beaucoup de chance, les deux. Et c'est exactement ce qu'il nous faut. Scintillant – pas besoin d'être luxueux, familial ou avec des amis, et dans la joie de la consommation, d'ailleurs pourquoi bouder son plaisir. On fait tous du shopping comme des maniaques toute l'année et quand vient Noël et ses vitrines dorées, c'est: « Pas besoin de prescription pour ce désastre moral à l'américaine, this is not America! » Et moi je vous dis: « Shalalalala ». Cet esprit protestant qui se contraint dans les rayonnages dorés et abondants de Noël, les chocolats Lindt et les boîtes de Lego. Mais qu'on me dise en quoi c'est différent de toutes ces sortes de gants de ski et de chaussettes de ski? La nécessité de survivre à cette joie hivernale, ou le besoin de décorer sa soumission au sports d'hiver?

Ça me fatigue, toutes ces histoires de société de consommation, de mode de vie américain, toutes ces lamentations. Laissez donc Noël vous ravir avec tous ses charmes. Lorsqu'il s'agit de ses vacances les plus importantes, la société devrait se permettre de dépenser jusque dans les chiffres rouges. La société ne fait qu'y confirmer son ordre et son échelle de valeurs. Et si vous n'êtes pas en faveur de ces valeurs (les valeurs américaines, évidemment), ne faites pas de révolution le jour de Noël. Souvenez-vous de vos principes à un autre moment de l'année, pas seulement lorsque le sapin de Noël brille de mille feux.

Je propose d'échanger vos frustrations et votre ressentiment contre une scène de film de Noël complètement magique : la délicieuse Charlotte dans « Sex and the City », qui épouse un juif et qui, au nom de l'amour, doit renoncer à Noël. Ce qui la mine profondément, c'est de réaliser qu'elle ne pourra plus décorer de sapin de Noël. C'est le plus grand sacrifice qu'elle investit dans son mariage ainsi que la preuve de son amour infini. Alors elle décore un grand sapin au milieu du mois de juillet. Comme preuve de son amour, son mari Harry lui permet de conserver sa boule de Noël préférée. Shalalala, vous avez mieux à offrir?

15:55 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

Tellement bien vu ! J'adore. De quoi rendre Noël à nouveau joyeux sans contrainte.

Écrit par : blageur | 13/12/2011

Heureuse de lire les appréciations de Balkangirl, qui n'est pas dupe, mais qui est de bonne humeur. Pas besoin d'être clairvoyant pour comprendre le côté commercial des fanfreluches de Noël, mais qu'on s'amuse comme le commun des mortels, et que les commerces et les mendiants en profitent!

Écrit par : Liekje | 13/12/2011

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