08/11/2011

Nova Ex-Yu (Vous comprenez?)

Je suis en train d'élaborer un projet culturel, dont la teneur politique est indéniable. Et si je ne plante pas tout d'entrée de jeu, je crains fort que, de temps à autre, je vous importunerai avec mes aventures culturelles. En gros, je développe une nouvelle collection pour une grande maison d'édition.

Le titre de cette collection est « Nova Ex-YU » et je suppose que ce titre ne signifie absolument rien pour vous. Mais ça ne veut pas dire grand chose non plus pour mes semblables balkaniques, croyez-moi. Donc il est important que tout le monde comprenne de quoi il s'agit, vous ici, et eux là-bas.

Explication: Nova = Nouvelle, vous pouvez le déduire de la racine romaine. Ex, ça, vous savez. Et YU, rappelez-vous l'acronyme de l'ancienne, grande Yougoslavie de Tito. Ce titre suggère le paradoxe spécifique de cette Yougoslavie ex, nouvelle, ou même inexistante. La solution est simple: l'espace de l'ex-Yougoslavie, aujourd'hui, neuf et moderne. Non, la pionnière de Tito n'est pas ressuscitée en moi, et je ne veux pas réunir ce qui s'est déchiré dans le sang et de fureur.

Je veux seulement promouvoir une seule et unique culture, confrontée à un passé tragique et troublé, mais qui survit, presque identique, à travers ce présent, transitionnel et chaotique, et qui en même temps construit une sorte de chemin vers le "brillant avenir" au sein de l'UE. Parce qu'ici tout le monde nous met dans le même panier, nous qui venons des Balkans, de l'ex-Yougoslavie, qu'importe comment on appelle cet espace, et peu importe la religion, la nation, le groupe politique. Yougo, non? Et pourquoi pas!

Et voilà quelques extraits de mon projet, presque un manifeste culturel:

« L'objectif de la collection Nova Ex-YU est de promouvoir les jeunes citadins, cosmopolites, sorte de version alternative aux « Balkans guerriers », offrant une image plus belle et plus souhaitable: dynamique, provocante et inspirante, pour tous les peuples balkaniques comme pour ceux qui se trouvent à leurs antipodes.

Trois auteurs ont été choisis, alternatifs, provocateurs et urbains, écrivant dans un style authentique et distinctif. Ces trois livres présentent une même génération d'adultes ayant vécu la destruction d'un pays, d'un système de valeurs, d'une esthétique, etc. Ils essayent désormais de le reconstruire, de tout recommencer. Cette édition représente l'un des ponts sur cette route.

La première édition de cette nouvelle collection, intitulée « Va voir là-bas si j'y suis », doit présenter trois auteurs de trois pays: Serbie, Croatie et la Bosnie-Herzégovine. L'idée est d'entamer cette nouvelle collection en présentant trois des républiques les plus problématiques, dont les relations sont les plus complexes tant à cause des conflits historiques qu'en raison des défis de la réconciliation. Leurs langues se comprennent parfaitement et ne se traduisent pas. »

Maintenant, il faut unifier les positions, aligner les attentes et recueillir des fonds. J'ai commencé, laborieusement, par les ambassades des trois pays dont les auteurs seront traduits pour la première édition. Initialement, l'idée est au moins d'obtenir le soutien de ces pays. Un soutien signifierait que ces trois pays sont unis sur le fait que ce projet est dans leur intérêt et dans l'intérêt de la promotion de certaines valeurs. Cette position unifiée serait une plate-forme à partir de laquelle je pourrais solliciter des structures suisses et européennes de financement culturel.
L'ambassadeur de Bosnie-Herzégovine à Berne a été extrêmement attentif, efficace, honnête même dans son enthousiasme pour mon idée. Le représentant de la mission diplomatique serbe m'a invitée pour le café à Berne, pour que je lui montre les livres et qu'il puisse me donner des noms au sein du ministère compétent à Belgrade, pour plus d'aide et de suggestions. Donc j'ai déjà deux lettres sur trois. Le troisième, la Croatie, a opposé un refus. Lors d'une brève interview téléphonique, le Conseiller d'ambassade de Croatie a avancé ce motif: « Nous ne voulons pas participer à ce package. Voilà, c'est tout ce que je peux vous dire ».

Plus déçue qu'irritée, j'appelle ensuite le ministère croate des Affaires étrangères et je tombe sur une gentille responsable du domaine culturel: « Ne vous inquiétez pas Madame, c'est juste un fonctionnaire qui vous a répondu. Appelez directement le ministère de la culture, Mme DM, au numéro de téléphone que je vais vous indiquer ».
Je vous le disais, "Nova Ex-Yu", je dois même expliquer leur ça, à mes congénères, là-bas. (À suivre ...)

Commentaires

Votre projet et ce manifeste n'est pas sans écho avec l'oeuvre de Dimitrievic et ses Editions de L'Age d'Homme. Les bords du Léman semblent inspirer les balkans littéraires? Vous éditerez en quelle langue?
Je me réjouis de connaître vos prochaines aventures dans les méandres des ces nouvelles ambassades! Bon vent!

Écrit par : Polo | 08/11/2011

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