Balkan Girl

Elle n'aurait jamais choisi ce surnom si elle n'habitait pas un pays largement considéré comme son exacte antipode.

Elle ne se vanterait jamais de son sexe si cette antipode des Balkans n'était pas dominée par un puissant machisme, aussi puissant que dans les Balkans.

Parce que son véritable nom n'a aucune importance. Ici, dans ce pays paradisiaque, son nom balkanique, d'origine ex-yougoslave, est marqué au fer rouge. Elle ne s'en cache pas, elle s'en vante. Elle n'a pas honte de ce sous-développement balkanique, du provincialisme, de la saleté, des jurons, de la sueur, du sang, du crime, de la vulgarité, du mauvais goût... Elle leur rend coup pour coup, en pleine gueule, elle se défend, elle s'oppose de toute sa voix, même si elle trébuche parfois, même si elle présente parfois les mêmes symptômes, mais elle se bat toujours contre ces Balkans-là.

Les Balkans qu'elle porte en elle ne sont pas bien peignés, obéissants et politiquement corrects. Ils se battent constamment et ont toujours besoin de beaucoup d'argent. Alors ils ont été pris en charge par une mère soucieuse, l'Europe Unie, qui leur a donné un nom nouveau et vaguement commercial - l'Europe du Sud-Est.

Coincée entre les Balkans des méchants garçons et les Balkans des fils à maman, elle représente le troisième enfant, le plus jeune de cette péninsule. Une fille, en plus. Beaucoup la traiteraient de bâtarde des Balkans, de mouton à cinq pattes, d'impertinente. Avec de meilleures intentions, on la classerait parmi les Balkans alternatifs, citadins, provocateurs, dynamiques, pressés par le besoin de toujours s'améliorer et de changer.

Par conséquent elle est bien une sorte d'antipode des Balkans, mais une antipode très authentiquement balkanique. Elle n'abandonnera donc pas son nom balkanique.

En plus de son bagage balkanique, elle est femme. Encore une fois, en dehors des Balkans, peut-être pas un gros mot, mais en tout cas une espèce en danger. Là-bas, dans les Balkans arrièrés, et ici, au pays des plus hauts standards de vie et de démocratie. Je dois souligner que Balkan Girl a grandi dans un pays communiste, la célèbre Yougoslavie de Tito. En récitant son serment de pionnière, elle a acquis les fragments de sa conscience politique sur l'égalité, avec les garçons, autant qu'avec les adultes. Bien sûr, tout n'était que fraude et mensonge dans cette Yougoslavie mythique. Mais Balkan Girl a ainsi pris conscience de l'égalité des sexes, et elle a adopté cette conception de gauche à laquelle elle s'agrippe avec la dernière énergie. C'est pour cela qu'elle est féministe. Encore une fois certains diraient impertinente. Et le féminisme, peut-être encore plus que les Balkans, a la gravité d'un gros mot et une grande diversité d'interprétation, aussi diverse que ses incarnations: de la femme à moustache à la « desperate housewife ». Balkan Girl est toujours coincée quelque part entre ces antipodes. Elle y a trouvé l'équilibre entre un féminisme adaptable et juste, et un féminisme radical.

C'est ainsi que Balkan Girl a parcouru le chemin de mouton à cinq pattes des Balkans au mouton noir dans ce nouveau pays, dont elle a déjà obtenu le passeport.

Balkan Girl pourrait être juste un joli conte sur l'Ici et le Là-bas, une provocation pour certains, pour d'autres le côté beau ou laid de la médaille, tantôt menaçante, tantôt séduisante.

Balkan Girl vous invite à la fête!

Interêts

culture, politique, balkans, société, théâtre